50 ans de mariage
Hier nous étions invités à un anniversaire de mariage : cinquante ans déjà.
La journée a été fort agréable, les enfants se sont bien amusés. Toute la famille était réunie, ça fait des années que nous ne nous étions pas rassemblés. Je me souviens de fêtes de Noël où tout le monde était là ; une année chez l'un, une année chez l'autre et puis un jour plus rien. Plus de réunions de famille, plus de fêtes de Noël tous ensemble. Chacun a pris sa route: les uns se sont mis en couple, les autres ont fait des enfants .... notre grande famille s'est éclatée en petits clans. Nous fêtions Noël avec nos parents, chaque année et puis nous avons grandi, nous avons construit notre propre famille avec nos enfants et d'autres clans se sont formés. Mais hier, quatre générations se sont retrouvées: grands-parents, enfants, petits-enfants, arrières petits-enfants. Nous étions tous là, pour fêter les cinquante ans de mariage de mes grands parents.
Il y a eu beaucoup de joie au moment des retrouvailles, d'émotion lorsque ma cousine a diffusé un petit film vidéo rassemblant des photos de tout le monde, de naissance à aujourd'hui, beaucoup de tristesse aussi.
Hier j'ai vu un homme amoindri, fatigué et j'ai eu pitié de lui. C'est un homme que je ne porte pas dans mon coeur, pour des raisons dont je ne parlerais pas. Mais hier, il m'a fait de la peine, tellement de peine que j'ai presque eu envie de l'appeler papi. Cet anniversaire ressemblait à un adieu.
J'ai vu un homme malade, incapable de marcher, de se tenir assis tant la force semble lui manquer. Sa peau est si blanche, ses yeux si transparents que ça lui donnait l'impression d'être mort. Je le regardais, à demi-allongé dans sa chaise longue et s'il n'avait pas remué les yeux, esquissé un sourire, j'aurais juré qu'il était décédé et que sa dépouille était exposée.
Alors que j'étais en train d'écrire un petit mot sur la carte de voeux, ma tante a dit: "je ne sais pas quoi écrire, c'est surement le dernier anniversaire qu'ils fêtent ensemble ". Je n'ai pas répondu,à quoi bon, elle a surement raison. Sans vraiment s'adresser à moi, ma tante a rajouté "Mardi il passe un scaner des poumons, ça va le fatiguer pour rien, on connait déjà les résultats ".
"Cancer ?" ai-je demandé ?
Ma tante a fait un signe affirmatif de la tête et a quitté la pièce.
Pendant des années j'ai été en colère contre lui, j'ai rêvé de le voir souffrir. Combien de fois me suis-je passé la scène dans ma tête? Je me serai approchée de lui en souriant, je me serais penchée affectueusement vers lui, et dans son oreille je lui aurais dit "tu vois, tout se paye, tu vas mourir en soufrant et moi je danserai sur ta tombe".
Mais hier, en le voyant, je n'ai éprouvé aucune joie, aucune satisfaction. Cet homme m'a fait de la peine, j'ai eu envie de prier pour lui. J'ai regardé ses enfants qui ne lui prêtaient pas la moindre attention, tous riaient, discutaient tandis qu'il était seul dans son coin, une couverture remontée sur son torse, le regard vague.
Je ne le reverrais surement pas, je ne peux pas aller chez ma grand-mère par ce qu'elle vit en étage sans ascenceur, par ce qu'il ne sort plus de chez lui depuis sa dernière attaque. Il sera surement hospitalisé, je n'irais pas non plus le voir, par ce que je n'en vois pas l'intérêt, par ce que je ne veux pas lui dire adieu, il y a longtemps que cet homme là n'existe plus pour moi.
En tout cas, tout ça m'a fait drôlement réfléchir et j'ai eu peur tout à coup, peur d'être un jour à sa place: artère bouchée, attaques à répétition, cancer du poumon maintenant.
Cet après-midi grosse crise d'angoisse: je ne veux pas que ça m'arrive, il faut que j'arrête de fumer.Il le faut vraiment!

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